—Voulez-vous venir voir d'abord ces pauvres Brisemur? demanda Fossette. Brisemur est intelligent. Il a beaucoup lu les journaux en 48. Il parle politique comme un ministre. Et puis ses pauvres petits vous intéresseront aussi. Enfin Brisemur est un bon ouvrier et un honnête homme, ce qui est bien méritoire, allez, quand on est si malheureux.»
Madeleine redescendit au quatrième étage avec Fossette.
En pénétrant chez les Brisemur, elle eut le cœur serré. On devinait une de ces pauvretés, si complètes qu'elles ôtent à l'être humain tout respect et tout souci de sa personne. Lorsque au milieu du plus grand dénûment, on voit les malheureux conserver quelque soin de leur habitation et de leurs vêtements, c'est qu'ils n'ont pas perdu tout espoir; ils ont encore à descendre; ils n'appartiennent pas encore tout entiers à l'affreuse misère.
Chez les Brisemur, on n'apercevait plus trace de propreté. Le plancher était recouvert de cendres, de charbons épars, de débris de vêtements. Quatre enfants en bas âge rampaient dans cette fange. On comprenait que ces malheureux n'avaient plus d'autre ambition que celle de vivre.
Depuis huit jours la femme était au lit.
«Je vous amène une belle visite, monsieur Brisemur,» dit Fossette.
Brisemur leva sur Madeleine ses yeux sombres, et puis sans parler continua son ouvrage.
«Ce n'est pas une dame de charité, monsieur Brisemur, c'est la sœur de Claudine.
—Ah!» fit le pauvre homme en soupirant.
Il essaya de se lever, mais il retomba comme si ses jambes refusaient de le soutenir. Ses joues creuses, ses yeux enfoncés et brillants, donnaient à son visage quelque chose de sinistre.