Dès que la jeune danseuse aperçut Madeleine, elle se précipita à sa rencontre.

«Je viens, lui annonça l'institutrice, vous remettre une offrande de la part d'une personne qui s'est beaucoup intéressée à votre sort.»

Christine remercia avec une sorte de véhémence.

«Mademoiselle, lui dit-elle, je ne puis rien faire aujourd'hui pour vous témoigner ma reconnaissance; mais rappelez-vous que vous avez une amie qui se jetterait à la Seine pour vous rendre service. Ah! si ma pauvre maman, reprit Christine, était du moins ici pour vous remercier avec moi! Mais nous vous reverrons, n'est-ce pas?

—Et quand pensez-vous que votre mère vous sera rendue?

—Je suis allée hier à la préfecture de police. On ne m'a rien répondu de positif mais j'ai pu voir maman. Ah! pauvre, pauvre maman! Si vous saviez avec quelles femmes elle se trouve! Et puis être en prison, c'est affreux. Elle avait tant de chagrin qu'elle voulait mourir. Je l'ai consolée de mon mieux: mais pouvais-je lui donner courage, puisque moi-même j'étais désespérée?

—Combien gagnait-elle dans son état de blanchisseuse?

—Cinquante sous par jour. Cela suffisait pour nous faire vivre toutes. Mais, comme elle a une mauvaise toux, le médecin lui a défendu d'aller laver pendant l'hiver sous peine d'en mourir. On ne peut cependant pas, pour vivre, s'exposer à la mort. Moi, je ne gagne que vingt-cinq sous avec mes bonnets, quelquefois un peu plus, quand je réussis un modèle.»

Fossette prit un bonnet que venait d'achever Christine.

«Voyez donc, dit-elle, comme celui-là est coquet! Un chou de veloutine dans la garniture à droite, ce serait un petit chef-d'œuvre.