Il est temps aussi que la femme, mieux instruite de sa mission, comprenant mieux sa véritable dignité, cherche ailleurs que dans le culte du chiffon un aliment à son intelligence, à son activité, à ses goûts véritablement artistiques.
Sans doute nous ne prétendons pas que la majorité des femmes soit apte à l'abstraction et aux fortes études; car il faut une certaine vigueur nerveuse pour une longue et profonde concentration de la pensée. Cependant il y a dans l'un et dans l'autre sexe des êtres de transition, des hommes avec un esprit et des goûts tout féminins, et des femmes avec une intelligence et une fermeté entièrement viriles.
Ces natures mixtes, plus nombreuses qu'on ne pense, sont en général plus riches, plus complètes; car souvent elles possèdent les facultés opposées des deux sexes. Presque tous les poëtes et les artistes de génie ont réuni la puissance créatrice qui appartient à l'homme et l'impressionnabilité nerveuse ordinaire chez la femme; comme aussi toutes les femmes qui se sont distinguées dans les arts et dans les lettres joignaient aux qualités de leur sexe cette force de cerveau qui, le plus ordinairement, est l'attribut de l'homme.
Loin de chercher à comprimer ces organisations en les stigmatisant par le ridicule, on devrait les encourager, et favoriser ainsi leur développement normal. Car tout ce qui est dans la nature est dans l'ordre.
Ce n'est donc pas à dire que toutes les femmes doivent être reçues bachelières; mais toutes ont droit à l'éducation que comporte la nature de leur intelligence.
Aujourd'hui, cette idée, dégagée des théories exagérées qui prétendaient établir l'identité absolue de l'intelligence des deux sexes, cette idée, disons-nous, qui rend à la femme son véritable rang, a fait de grands progrès; mais il s'en faut qu'elle soit devenue populaire. Hommes et femmes doivent la propager; les uns, dans l'intérêt de leur fortune et de leur bonheur intime menacés par la frivolité ruineuse des femmes; les autres, dans l'intérêt de leur dignité, de leurs droits moraux et sociaux.
Il n'est pas question seulement de la classe éclairée; c'est parmi les femmes des classes laborieuses surtout qu'il faut porter la réforme en cultivant leur esprit et leurs aptitudes particulières par l'enseignement professionnel.
Possédant ainsi des moyens honnêtes de gagner sa vie et de satisfaire dans une mesure convenable ses goûts de luxe, l'ouvrière acquerra plus de moralité; les notions générales qu'elle aura reçues lui permettront d'apprendre avec plus de facilité un état supplémentaire, afin de parer aux conséquences désastreuses des chômages. Elle pourra aussi faire concurrence à l'homme dans plus d'une profession, comme l'homme aujourd'hui la supplante dans une foule de travaux qui, par leur nature, n'appartiennent qu'à la femme. La formidable armée des ouvrières en couture serait diminuée d'autant et les salaires deviendraient plus rémunérateurs.
Sans doute il est facile de prêcher la morale; mais avant de dire à ces pauvres filles: «Soyez vertueuses,» il faudrait leur procurer un travail qui leur assurât la satisfaction de leurs besoins légitimes.
Geneviève, pour se présenter chez Mme Thomassin, avait mis sa plus belle robe, celle qu'elle portait à Lille dans les solennités; mais encore cette robe, bien qu'elle fût de mérinos, n'avait pas la coupe distinguée qui donnait un cachet aux vêtements de ces demoiselles. Et puis, au lieu d'une résille coquettement posée sur la tête, un simple bonnet enfermait entièrement sa belle chevelure blonde.