«Eh bien! ma chère enfant, vous voilà des nôtres. Heloïse, donnez-lui quelque chose à faire. Mais peut-être est-ce un peu tard pour vous mettre à l'ouvrage. Allez ranger votre malle.

—Tiens! dirent tout bas ces demoiselles, elle sera de la maison!

—Joséphine, menez-la dans la chambre voisine de la vôtre.

—Avec plaisir, dit Joséphine. Voilà enfin une nouvelle! Ce ne sera plus moi qui balaierai l'atelier tous les matins.»

Joséphine la conduisit dans une mansarde située sous les combles, et dont la lucarne avait vue sur les toits. Ce réduit était au moins aussi désolé que celui de la rue de Venise.

Restée seule, Geneviève s'assit sur sa malle au lieu de l'ouvrir, et se mit à pleurer. Combien la vie lui parut alors triste et sombre! Elle pensa qu'elle ne s'habituerait jamais à vivre au milieu de toutes ces pécores, et elle ne rangea point ses effets.

Quand elle redescendit, plus personne ne fit attention à elle. Toutes ces ouvrières étaient de vraies Parisiennes; elles en avaient la mobilité caractéristique.

En ce moment, un autre sujet de distraction les occupait. Une de ces demoiselles racontait sa soirée de la veille.

Elle avait fait la connaissance d'un monsieur très bien, qui l'avait conduite à Valentino. La soirée avait été charmante. Elle avait bu du champagne avec des femmes très-distinguées, que connaissait beaucoup son monsieur très-bien, des dames du plus grand chic. Puis suivait la description minutieuse des toilettes.

«Et tout cela ne leur coûtait rien ou presque rien, fit observer l'une d'elles. Nous, pour gagner une robe un peu propre, il faut piocher pendant des mois. A-t-on jamais compté combien de points il faut tirer pour attraper une malheureuse pièce de quarante sous! Ah! si seulement j'avais le nez un peu moins en pied de marmite et les bras un peu moins maigres, je pourrais faire des caprices aussi bien qu'une autre.