—Et tes cheveux rouges?
—Il y a maintenant une dame qui fait fureur et qui a les cheveux rouges.
—Et les petites rides que tu as sous les yeux?
—Oh! cela, avec un peu de peinture... La mode est au plâtre pour le moment.»
Mme Thomassin était absente et la première en course.
La première est l'ouvrière chargée de bâtir et de distribuer l'ouvrage. Elle fait partie de la maison et reçoit un bon traitement, c'est-à-dire de mille à douze cents francs par an. Elle dîne avec madame quand madame est seule.
Dans tous les ateliers, la maîtresse s'appelle madame.
On redoute la première presque autant que madame. En leur présence, tous les yeux sont baissés, et, bien qu'on parle, l'aiguille marche toujours. On chante quelquefois, on chante beaucoup même. L'ouvrière a la passion de la romance sentimentale et de la chanson grivoise. Madame le permet et même quelquefois mêle sa voix au refrain. Mais il faut coudre, coudre sans relâche.
Dès que les surveillantes ont disparu, comme les esclaves prennent leur revanche! Les aiguilles s'arrêtent, les langues s'aiguisent, les historiettes et les propos lestes circulent gaillardement. Presque toutes ont de l'esprit, de l'esprit vif, du véritable esprit gaulois; et que de malices se débitent sur la première, sur madame, ses pratiques et ses habitués!
Malheur surtout aux ouvrières laides ou contrefaites! Ce sont de véritables martyres de la gaieté satirique de ces demoiselles.