M. de Barnolf s'harmonisait avec ce cadre un peu sombre.
Il était Hongrois par son père et avait le type énergique de la race magyare. Son teint était bronzé; sa barbe et ses cheveux, épais et noirs, se roulaient sur eux-mêmes en boucles serrées et vigoureuses. Ses yeux bleus éclairaient d'une expression douce et tendre cette figure un peu farouche, presque dure. Souvent même son regard avait de la finesse; mais quand la colère l'animait, il devenait terrible: la prunelle pâlissait.
M. de Barnolf était petit, maigre et nerveux. Il tenait de son père un caractère violent et passionné; de sa mère, qui était Française, un esprit vif, sceptique et mobile. On le disait fort riche. Sa beauté étrange, son éducation soignée, ses manières très-aristocratiques, sa générosité, son esprit, lui avaient valu de nombreuses bonnes fortunes. Il avait acquis le titre d'homme à la mode, aussi bien dans le faubourg Saint-Germain que dans le demi-monde.
C'était un jeudi. Il attendait Fossette, et Fossette était en retard.
Il parcourait sa chambre avec une agitation singulière. À chaque minute il jetait les yeux sur la pendule.
Pourtant il n'était que onze heures un quart, et Fossette n'arrivait jamais avant onze heures. Quelquefois même elle avait tardé davantage.
Pour se calmer, Léopold prit un livre, essaya de lire; mais les mots dansaient sous ses yeux et n'avaient pas de sens.
«Pourquoi ne vient-elle pas? Cette lettre.... serait-elle vraie?»
Et le sang lui montait au visage, et ses mains brûlantes et moites se crispaient d'impatience.
Puis tout à coup il se mettait à rire.