—Pas si belle que cette enfant.
—Madame Thomassin, reprit Mme de Courcy, je vous recommande de nouveau ma protégée. Faites-lui une jolie robe grisaille que vous porterez sur mon mémoire. Et vous, Geneviève, achetez une résille et apprenez à vous coiffer autrement. Quand vous serez présentable, je vous enverrai mon vieux duc; et je suis sure que, dès qu'il vous verra, il s'intéressera à vous. Pour vos heures de leçons, nous nous arrangerons avec Mme Thomassin.»
Elle se leva comme si elle voulait partir, puis elle se rassit.
«Ah! dites-moi donc, ma belle enfant, j'ai, moi aussi, un service à vous demander. M. de Lomas m'a recommandé également votre amie Fossette; donnez-moi donc quelques renseignements sur elle, sur ses fréquentations, sur sa manière de vivre. Elle est, paraît-il, fort intéressante.»
Geneviève, qui croyait servir son amie, raconta tout ce qu'elle savait: la liaison de Fossette avec M. de Barnolf, la passion aussi qu'elle avait inspirée à son voisin, M. Robiquet, ouvrier chapelier, et l'intimité amicale qui était résultée du voisinage.
Mme de Courcy se rappela avoir vu aux courses M. de Barnolf dans la voiture de Mme de Beausire. Ce fut un trait de lumière. Elle entrevit immédiatement le moyen de se venger.
«Je veux connaître cette charmante fille, dont vous dites tant de bien. Il faut qu'elle ait du mérite pour inspirer de telles amitiés. Dès demain j'irai la voir.»
Et Geneviève lui donna l'adresse de Fossette.
[XXIII]
M. de Barnolf habitait la rue d'Isly. Son appartement était à la fois élégant et sévère. Les meubles étaient de chêne sculpté, et les tentures de velours bleu clair, avec des bandes à fond noir, recouvert d'arabesques d'or. Des panoplies d'armes anciennes ou étrangères, des tableaux, appartenant à l'école espagnole ou hollandaise, achevaient de donner à cet appartement un cachet artistique.