Ils essayaient de rire; ils ne le pouvaient pas.

«Fossette, dit M. de Barnolf avec gravité en lui présentant un papier, j'ai une lettre pour vous.

—Pour moi? et moi une pour vous. Comme c'est étrange!» s'écria-t-elle en tirant de sa poche une lettre décachetée.

Ils regardèrent les deux suscriptions. Elles étaient de la même écriture, une écriture inconnue.

«C'est évident, fit observer Léopold, on s'est trompé d'enveloppe.»

Voici la lettre écrite pour Fossette, et qu'avait reçue Barnolf:

«Mademoiselle,

«Un ami qui s'intéresse à votre bonheur croit devoir vous prévenir qu'on s'occupe actuellement beaucoup de vous dans une certaine société où M. de Barnolf est très-connu. On y donne pour rival au noble Hongrois, qui? un ouvrier chapelier portant le nom grotesque de Robiquet, et dont la mansarde n'est séparée de la vôtre que par une mince cloison.... Faites attention!»

La lettre écrite pour M. de Barnolf, mais adressée à Fossette, était ainsi conçue:

«Un ami inconnu qui s'intéresse à votre bonheur, croit devoir vous prévenir que vos assiduités auprès de Mme de Beausire font jaser beaucoup. Hier, aux courses, on a remarqué votre présence dans sa voiture et l'absence du duc. Que deviendrait Mlle Fossette, qui vous aime si tendrement, si elle apprenait votre infidélité? Une femme a beau être sceptique, voire même un peu philosophe, il est de ces blessures de cœur ou d'amour-propre qu'elle ne saurait pardonner. Si vous ne mettez pas plus de prudence dans vos relations avec Mme de Beausire, vous pourriez non-seulement vous attirer une affaire avec le duc, mais encore compromettre votre bonheur intime, et désespérer une charmante fille qui ne le mérite pas.