«Vous avez, je vous en préviens, des ennemis acharnés qui pourraient fort bien vous jouer un mauvais tour. «Prudence et mystère!» comme on dit dans les mélodrames.»
«Ce changement d'enveloppe a-t-il été volontaire ou involontaire? Ces lettres nous viennent-elles d'un ami ou d'un ennemi? se demandait M. de Barnolf. Si c'était un ennemi, pourquoi ce subterfuge? Une lettre anonyme adressée directement eût suffi pour nous inspirer des doutes l'un sur l'autre.
—Oh! non, c'est beaucoup plus adroit; c'est diabolique,» fit observer Fossette qui cherchait à deviner l'auteur des lettres.
Un instant elle soupçonna Geneviève, puis Claudine, et Robiquet lui-même.
«Tenez, reprit-elle tout à coup, si vous m'en croyez, brûlons ces lettres et n'y pensons plus. Nous arriverions à douter de tous nos amis et à douter l'un de l'autre.»
Elle prit les deux lettres, et, sans attendre l'assentiment de Barnolf, les jeta au feu.
M. de Barnolf regardait brûler les lettres d'un air songeur et défiant.
«Comment! s'écria Fossette en riant d'un franc rire, vous seriez jaloux? Que ne pouvez-vous voir ce pauvre Robiquet avec son nez qui menace le ciel et ses grands chapeaux qui touchent le bout de son nez! Si je l'aimais, chanterait-il du matin au soir en fausset:
Pour tant d'amour ne soyez pas ingrate!
Pauvre Robiquet! quel excellent domestique! et attentif et désintéressé surtout! Avec quelle joie il dégringole mes cinq étages pour aller me chercher un sucre d'orge ou un pot d'eau fraîche! C'est lui qui tous les matins descend ma chaufferette et m'apporte mon lait; et souvent c'est lui encore qui arrose les fleurs que vous m'envoyez. Et pourtant il se doute de qui elles me viennent; mais il sait aussi que j'aurais tant de chagrin si je les voyais languir! Il les soigne en maugréant.»