—Moi, mon rêve, ce serait d'entrer comme comparse dans quelque théâtre, car je raffole du spectacle, dit une jeune fille très-laide qu'on appelait la liseuse, parce qu'elle avait toujours ses poches bourrées de vaudevilles ou de petits journaux.
—Et tous les soirs on a la chance de rencontrer un avenir parmi les spectateurs, ajouta la demoiselle à repentirs.
—Quel est votre idéal comme avenir, mademoiselle Léocadie? demanda Édouard; est-ce le bois de rose ou le palissandre?
—Pour commencer, je me contenterais du noyer.
—Monsieur Édouard, continuez donc votre histoire de l'Opéra-Comique.... Il était assis sur un divan?...
—C'est moi qui suis le pacha. Et vous êtes toutes, comme moi, assises sur des divans, dans des poses plus ou moins gracieuses et nonchalantes. Tableau. Hein! ce serait-il gentil! Alors, avisant du regard cette princesse blonde qui ne daigne pas même goûter à mes brioches, je lui jette le mouchoir en l'appelant Fatmé, Haydé, Azora. Ce sont tous des noms comme ça dans ce beau pays. Aussitôt, au lieu de me regarder avec ses yeux farouches, elle sourit.
—Monsieur Édouard, monsieur Édouard, cria une de ces demoiselles, on vous rappelle à l'ordre! Vous corrompez nos âmes candides avec vos discours immoraux.
—Immoraux! ce sont les mœurs les plus pures du pays. C'est leur bon Dieu qui veut ça.
—Où donc est-il ce pays? est-ce en Cochinchine?
—Je ne sais pas, mais pour sûr il existe, puisque je l'ai vu à l'Opéra-Comique. Et même qu'on appelle un sérail l'endroit où le pacha enferme toutes ses femmes.