Toutefois M. Daubré se trompait: elle ne venait point quêter. Un motif plus important l'amenait. Lionel lui avait écrit que sa sœur se compromettait gravement et qu'il était de toute urgence que M. Daubré revînt à Paris.
Plusieurs considérations avaient motivé cette lettre. Lionel, on s'en souvient, avait reçu ordre de Lucrèce d'entraver l'amour de Maxime et de Mme Daubré. Mais il désirait la présence à Paris de M. Daubré pour le charger de demander la main de Béatrix. Enfin il avait besoin d'argent, et il comptait obtenir de son beau-frère la somme nécessaire à l'achat de la corbeille.
Mme de Lomas était adroite. Elle sut présenter à son gendre une peinture saisissante des dangers auxquels le séjour de Paris exposait une femme aussi jolie que Géraldine.
Mais M. Daubré, qui aimait le calme, et qui, à Paris, se trouvait condamné par sa femme aux plaisirs forcés des bals et des soirées, repoussa énergiquement les suggestions de sa belle-mère.
«Que venez-vous me raconter? s'écria-t-il presque irrité. Géraldine est une très-honnête femme, très-attachée à ses devoirs d'épouse et de mère. Et puis elle n'est plus jeune, et sa beauté commence à se faner un peu.
—Peut-on être mari à ce degré-là? pensa Mme de Lomas.
—Elle n'est plus jeune! dit la dévote. Elle a trente ans, et à cet âge....
—Dites trente-six, reprit M. Daubré.
—Trente-six, soit! mais c'est précisément l'âge le plus dangereux pour les femmes. C'est le moment des grandes passions.
—Ta ta ta! Géraldine n'est point passionnée, vous dis-je. Qui diable le sait mieux que moi?»