Certain de réussir, puisqu'il avait l'assentiment de Béatrix, M. de Lomas répondit à Geneviève:

«Ma chère enfant,

«Je ne puis plus longtemps vous cacher la vérité; mais d'abord, croyez-le bien, je vous conserverai toujours une affection profonde et une reconnaissance très-vive pour l'attachement que vous me témoignez. Je veux surtout que vous soyez bien persuadée que je ne vous abandonnerai jamais. Je ferai tout ce qui dépendra de moi pour assurer votre bonheur.

«Je vais me marier. Combien je souffre de tracer ces mots en pensant au chagrin qu'ils vous causeront; mais à quoi bon vous entretenir plus longtemps dans des espérances irréalisables? Ce serait peut-être entraver votre avenir, et plus tard vous rendre la déception encore plus douloureuse. Des considérations toutes puissantes de famille, de position nous séparaient à jamais. Un mariage entre nous étant impossible, ma conscience me fait un devoir de cesser des relations qui pourraient compromettre toute votre existence.

«Je m'abstiendrai de vous donner un conseil au sujet du duc. C'est un galant homme; et la carrière du travail que vous avez embrassée avec tant de courage est si difficile! Mais je comprends votre délicatesse. Votre désintéressement me touche. Cependant il faut envisager les choses sous leur vrai jour, et ne pas sacrifier à des sentiments, très-nobles assurément, mais peut-être un peu romanesques, les côtés positifs de notre misérable vie.

«Vous êtes un grand cœur, Geneviève, et, dans quelque position que vous vous trouviez jamais, vous saurez vous faire aimer et respecter.

«C'est avec ces sentiments d'affection, et, j'ose le dire, de vénération, que je vous prie de compter toujours sur mon amitié inaltérable et sur mon entier dévouement.»

Cette lettre n'était pas signée, et l'écriture, qui paraissait très-hâtée, était un peu contrefaite.

Lorsque Geneviève la reçut, elle était à l'atelier. Depuis la visite du duc, elle semblait si triste et si peu glorieuse de sa beauté, que ses compagnes, ordinairement impitoyables, respectaient cette douleur secrète. Dans ces têtes légères, les impressions comme les sentiments sont de courte durée. D'ailleurs, Geneviève, absorbée par ses préoccupations, ne prêtait aucune attention aux lazzis que de temps à autre encore on décochait contre elle.

Cette impassibilité avait achevé de désarmer les malicieuses filles, qui cherchèrent quelque autre sujet sur lequel elles pussent exercer plus efficacement leur verve caustique.