—Je n'ai pas de preuves, malheureusement; mais j'en suis sûr, oui, sûr.
—Au moins il ne la laissera pas mourir de faim. Pauvre petite, que fait-elle là-bas? Ah! si seulement je savais son adresse! j'irais, vois-tu, et je la ramènerais. Car je ne dors plus, je ne mange plus, je n'ai de cœur à rien. Une enfant qui ne nous avait jamais quittés! Gendoux, si elle ne revient pas, je crois que j'en mourrai.»
En cet instant, la trappe se souleva.
«Ce sont eux! s'écria Thérèse avec effroi.
—Non, c'est la Bourgeat et son petit,» dit Gendoux.
En effet, c'était leur locataire. Ses enfants la regardèrent entrer avec cet air morne et hébété, cette immobilité torpide que donne l'appauvrissement excessif de la constitution.
Cette femme avait le type des ouvrières lilloises: blondes, maigres, au teint hâve. Elle était encore jeune, mais des rides nombreuses annonçaient une vieillesse hâtée par le travail et les privations. Ses vêtements ou plutôt ses haillons étaient malpropres, et recouverts, aussi bien que ses cheveux, de fragments d'étoupes; car elle était employée à l'atelier d'épluchage d'une filature de lin.
Elle vivait donc tout le jour les pieds dans l'eau, au milieu d'une poussière épaisse et malsaine, dans une atmosphère empestée et chauffée à vingt-cinq degrés. Après une journée de treize heures, elle rentrait dans son réduit sombre, où il n'y avait pas de feu, où elle trouvait quatre enfants qui avaient faim.
Quel courage, quel amour maternel ou quelle inertie lui fallait-il pour accepter une pareille existence?
«Vous viendrez tout de suite, qu'on vous trempe la soupe, lui dit Thérèse. Nous aurons du monde ce soir. Si vous entendez parler un peu tard, il ne faudra pas vous en étonner.