M. de Barnolf s'inclinait devant cet héroïsme qu'une heure auparavant il eût déclaré impossible.
«On admire ces héros, poursuivait-il, qui dans un moment d'enthousiasme ont accompli des actes de courage et de dévouement. La gloire, et souvent la fortune, les en récompensèrent. Qu'est-ce pourtant qu'un trait de bravoure qui ne demande qu'un effort passager, à côté de la force de volonté qu'il faut à une pauvre fille pour lutter, non pas un moment, non pas un jour, mais tous les jours et tous les instants de sa vie, contre les défaillances morales, et contre les défaillances physiques, contre le froid et contre la faim, contre les répugnances du travail et contre les séductions dont elle est environnée? Faut-il s'étonner qu'elles soient si rares celles qui résistent! Sont-ils donc si communs les héros?»
Mais soudain une idée, lui traversant l'esprit, vint couper court à son admiration. Il essuya les larmes qui lui emplissaient les yeux.
Il descendit, remit la clef au propriétaire, et lui demanda, sans paraître y attacher aucune importance:
«N'est-ce pas chez vous que demeure M. Robiquet, chapelier?
—Non, monsieur, il ne demeure plus ici; il a déménagé en même temps que Mlle Fossette.»
En regagnant son coupé, M. de Barnolf avait sur les lèvres un sourire amer et sarcastique.
«Elle n'habitait ce taudis que pour vivre plus près de cet ouvrier! Et moi qui m'apitoyais sur son courage et sur sa vertu! Il y a des femmes bien perverses!»
Il se crut guéri.