«C'est bien là, vous ne vous trompez pas?» interrogea-t-il avec défiance.

Il ne pouvait croire en effet que l'insouciante et charmante fille qu'il aimait, eût pu vivre an milieu d'une telle pauvreté.

«Mais c'est une de nos plus belles chambres, répondit le logeur; regardez, Mlle Fossette avait le soleil: cette fenêtre lui a économisé bien du charbon; elle voulait du soleil, surtout pour ses fleurs. Ah! dame! nous qui sommes les propriétaires, nous ne le voyons jamais; et même que le médecin nous a dit que c'était par rapport à cela que tous nos enfants mouraient avant l'âge de sept ans. Il paraît que les enfants c'est comme les fleurs, il leur faut du soleil.»

M. de Barnolf n'écoutait pas; il ne pouvait croire ce qu'il voyait.

«Mais, dit-il, il y avait du moins d'autres meubles?

—Ah! monsieur, il ne faut pas s'imaginer que, pour huit francs par mois, on peut avoir de l'acajou ou du palissandre. Cette chambre maintenant n'est pas magnifique, j'en conviens; mais quand Mlle Fossette l'habitait, elle l'arrangeait si bien! Elle avait d'abord des fleurs superbes, et tout de suite ça meublait. Et puis il fallait la voir tourner là dedans. Elle était si gaie, si vive, si jolie! Ah dame! on ne s'amusait pas à regarder ses meubles; on avait assez à faire de l'admirer, de l'écouter et de rire avec elle. Il y a la mère Blancheton, une pauvre asthmatique qu'elle soignait, et qui se désole de ne plus la voir passer chaque matin. Elle me disait encore hier: «C'est fini, monsieur Grinchu, on ne peut on plus vivre dans votre cassine depuis que Mlle Fossette n'y est plus.»

—C'est bien, fit M. de Barnolf, laissez-moi.»

Et il resta seul.

Il était profondément attendri.

«Pauvre et vaillante fille! pensait-il. C'est là qu'elle vivait, qu'elle travaillait. En sortant de mon luxueux appartement, elle rentrait dans cette froide mansarde; et, plutôt que d'accepter un bien-être qui l'eût avilie et privée de sa liberté, elle endurait une horrible misère.»