La maison Daubré allait donc subir aussi un désastre. Avant la guerre, dans le commerce du coton, tous les symptômes étaient à la baisse. M. Daubré n'avait donc fait aucune provision. Si, selon tout pronostic, la guerre déterminait une hausse subite, qu'allait-il faire avec ses trois fabriques?
Il se montra énergique, et ordonna le départ.
Mme de Lomas écrivait aussi une longue lettre à sa fille pour presser son retour.
Le départ des Daubré coïncida ainsi avec celui des Borel.
Albert toutefois déclara qu'il prolongerait un peu son séjour à Paris.
Depuis quelques jours, Madeleine observait avec chagrin qu'il ne lui montrait plus la même amitié, non qu'il fût moins respectueux et moins admiratif; mais, à côté d'elle, il était distrait, il ne recherchait plus sa présence comme autrefois. Il s'enfermait dans sa chambre ou s'absentait longtemps. Enfin, il ne travaillait plus. S'il prenait un livre, il ne tardait pas à le laisser tomber sur ses genoux, et ses regards troublés restaient fixes et rêveurs.
Elle lui croyait quelque secret chagrin, mais elle n'osait l'interroger.
Ce refroidissement, qu'elle n'avait en rien motivé, la préoccupait péniblement, et l'absorbait à ce point que le souvenir même de Maxime en était effacé.
De son côté, M. de Lomas, voyant son mariage retardé, devait également retourner à Lille. D'ailleurs Lucrèce l'avait ainsi ordonné.
Il partit donc sans donner un souvenir à Geneviève.