La pauvre fille avait accepté les cent francs que lui avait offerts le duc à titre de prêt. Toutefois, elle ne pouvait suivre les sages conseils qu'il lui avait donnés et rentrer chez ses parents dans la position où elle se trouvait. C'eût été leur porter la honte.

Mais elle quitta la maison de Mme Thomassin, et reprit le chemin de la rue de Venise, espérant y retrouver ses amis, Fossette, Claudine et le bon Robiquet.

Sans doute elle était bien malheureuse. Cependant, en sortant de cette maison où elle avait tant souffert, elle éprouva une sorte d'allégement et de bien-être. À l'atmosphère de corruption morale où pendant quinze jours elle avait vécu, elle préférait encore l'air méphitique de la rue de Venise.

Elle ne trouva plus que Claudine.

Pauvre Claudine! elle aussi était bien découragée. Elle n'avait reçu encore qu'une lettre de Jaclard; dans laquelle il lui annonçait son arrivée; et il n'arrivait point. Elle pensa qu'il était retombé dans la débauche. Elle passait les nuits à pleurer et à chercher, avec une fiévreuse inquiétude, la cause de son silence.

Grâce à cet amour, grâce surtout aux exhortations de sa mère et de Madeleine, jusqu'alors elle était restée pure. Mais combien de temps cette belle et ardente fille conserverait-elle la dignité dans un milieu où elle est à peine regardée comme une vertu!

«Paris est la forêt de Bondy de la vertu, a dit un auteur moderne; on y arrête à tous les carrefours.»

En effet, depuis son arrivée à Paris, Claudine ne sortait jamais sans se voir obsédée par les propos galants de ces Lovelaces de trottoir, pour qui suivre les femmes est un passe-temps, une manie. Nulle femme n'est à l'abri de leurs grossièretés; mais les ouvrières surtout sont l'objet de leurs poursuites. Elles sont si pauvres! Elles ont tant de désirs qu'elles ne pourront jamais réaliser! Quelle proie facile pour ces messieurs qui s'intitulent «chasseurs d'ouvrières.»

La veille, Claudine avait été accompagnée jusqu'à la rue de Venise par un monsieur d'an certain âge qui l'avait assaillie de déclarations sentimentales et d'offres de tous genres, depuis le dîner à quarante sous au Palais-Royal jusqu'au dîner chez Brébant; depuis la robe d'alpaga jusqu'au cachemire de l'Inde. Arrivé à sa porte, il lui proposait un mobilier en noyer et cent francs par mois.

Le matin même, elle avait reçu une lettre de ce séducteur tenace.