Cette lettre contenait des phrases toutes faites sur l'amour. Elle répétait cet éternel refrain que chante le séducteur à l'oreille des ouvrières: «On ne travaille pas quand on est si jolie. Le sort est injuste envers vous. La nature vous avait faite pour la soie et le velours, et vous portez des robes d'indienne. Vous végétez dans une mansarde, quand vous pourriez briller dans un palais. Il y a plus d'un million dans vos yeux. Quel cou plus digne que le vôtre de porter des rivières de perles et de diamants!»

La lettre se terminait par l'offre d'un mobilier d'acajou avec deux cents francs par mois.

Elle était signée: «RENARDET.»

Combien peu l'eussent déchirée, cette lettre qui venait, au milieu d'une pareille misère, apporter le scintillant mirage d'un luxe que toutes ont rêvé!

Pourquoi Claudine la conservait-elle depuis le matin? Elle l'avait lue bien dès fois; et, après l'avoir lue, elle se regardait au miroir et se disait:

«Cet homme a raison, je suis belle, je pourrais être riche. Si je le voulais, je porterais, moi aussi, de ces longues robes à falbalas; au lieu d'aller à pied dans la boue, j'aurais une superbe voiture. Non, c'est impossible; ma mère me maudirait, et Madeleine ne voudrait plus me voir. Elle m'oublie, Madeleine. Voilà plus de huit jours qu'elle n'est venue. Ah! il lui est facile, à elle, de résister. Elle est heureuse, tandis que moi.... Du moins elle mange à sa faim; elle n'a pas, comme moi, un chagrin de cœur qui l'empêche de dormir. Elle n'est pas, comme moi, seule tout le jour, sans une distraction, sans un plaisir. Ah! voir le soleil et ce beau temps si bleu, et rester là, toujours sur sa chaise, à tirer son aiguille, quel supplice!»

Un instant elle cessait de coudre. On eût dit que le printemps lui envoyait d'enivrantes effluves. Son teint se colorait, ses narines palpitaient; et la poitrine gonflée par un ardent soupir, le regard troublé:

«Armand, disait-elle à demi-voix, m'as-tu donc oubliée et ne viendras-tu pas?»

Elle reprenait son travail; mais bientôt encore l'étoffe tombait de ses doigts. Elle se levait, marchait dans sa chambre, étendait les bras. Elle avait besoin de parler, de crier, de rire. Elle prenait la lettre de Jaclard, la baisait, et au lieu de rire elle pleurait.

Puis le démon de la coquetterie la saisissant de nouveau, elle relisait encore la lettre de son amoureux de hasard; et, fermant les yeux, elle se voyait parée comme ces femmes quelle avait rencontrées la veille et dont la beauté faisait retourner les passants.