«Si tu veux, ma chère Geneviève, ajouta-t-elle en la tutoyant pour la première fois, nous ne nous quitterons pas; puisque nous avons le même chagrin, nous en parlerons ensemble.»

Geneviève soupira.

«Plût à Dieu que je ne fusse pas plus à plaindre que toi, Claudine! Merci de ton amitié. Elle me fait tant de bien! Elle me sauve du dernier désespoir.»

Claudine, répandant toute l'ardeur de son cœur dans ce nouveau sentiment, serra avec effusion dans ses bras l'infortunée fille de Gendoux.

Elle se trouvait presque heureuse. Isolée, elle avait un instant senti chanceler sa vertu. Maintenant qu'elle avait une amie pour la soutenir, pour l'encourager, elle serait forte contre la tentation.

Le contraste de leurs natures, l'opposition même de leur beauté, garantissait la durée de leur affection.

C'était un charmant tableau que ces deux belles jeunes filles qui se tenaient les mains, se confiant leurs peines, formant mille projets, riant et pleurant tour à tour.

Geneviève, elle, pleurait plus qu'elle ne riait; car il était un secret, une honte qu'elle n'osait confier à Claudine.

«Pourquoi es-tu triste, Geneviève? interrogeait Claudine d'un ton boudeur. Ne serons-nous pas bien ensemble? Si tu veux, nous aurons la même chambre. Vois-tu, on peut mettre encore un lit ici, sous l'appentis. Si tu crains d'être mal, j'y coucherai, moi, ça m'est égal. À Lyon, nous n'avions pas non plus toutes nos aises. Moi, pourvu que j'aie quelqu'un à aimer, quelqu'un avec qui causer quand je m'ennuie, c'est tout ce qu'il me faut. C'est affreusement triste d'être seule quand on a du chagrin. Si nous vivions dans la même chambre, ce serait dix francs par mois d'économie. Avec cela nous pourrions nous donner quelque douceur.

—Pas pour ce mois-ci. Le propriétaire vient de me louer la chambre de Fossette. Ah! pauvre Fossette! que n'est-elle avec nous?