Lionel prit un air de courroux concentré.

—Ce Barnolf!... soyez tranquille, j'en fais mon affaire.

—Vous battre avec lui ce serait bête; car il est très-fort à l'escrime. Mais il a dans quelque coin une femme qu'il cache, m'a-t-on dit. Je vous charge de me découvrir cela. Nous nous vengerons sur la belle mystérieuse. Enfin il me faut des femmes jeunes et des hommes jeunes. Ce que je veux surtout, c'est une femme plus jeune, plus belle que la Beausire, une femme enfin capable de l'éclipser. Je la désirerais blonde comme elle, avec plus de distinction et de tenue. J'ai un duc fort riche qui se chargerait de la lancer. Voyez donc; il me semble que cette petite Lilloise que je viens d'entrevoir et que vous connaissez ferait notre affaire. N'est-ce pas vous déjà qui avez inventé Fleur-de-Botte et Pouliche?

—Je les ai découvertes, c'est vrai; mais je les ai ramassées dans le ruisseau; c'était déjà gangrené jusqu'à la moelle; tandis que Geneviève Gendoux est une très-honnête fille.

—Vous aurait-elle résisté?

—Depuis que je vous connais, Lucrèce, les autres femmes n'existent pas pour moi.

—J'en suis persuadée, mon cher, fit Lucrèce avec un sourire ironique; cependant, s'il le fallait absolument, je vous permettrais.... un semblant d'infidélité.

—C'est difficile, vous dis-je. Elle a été élevée par des parents qui passent pour les plus braves gens de Lille.

—Mais elle est pauvre, seule à Paris, et ne m'avez-vous pas dit qu'elle cherche à s'occuper?

—Oui.