Il lui saisit la main. Madeleine répondit à son étreinte; mais elle descendit sans lui adresser une parole ni un regard.
En la voyant toute chancelante, le visage encore humide de pleurs, Maxime sentit aussi les larmes lui monter aux yeux.
«Je suis un lâche, se disait-il; comment avais-je pu supposer que cette brave fille s'occupait d'un libertin comme moi?
Le voyageur si bien emmailloté; qui jusqu'alors s'était tenu immobile dans son coin, se remua. Il fit tomber le foulard qui lui cachait entièrement le visage, et Maxime, découvrant ses traits, demeura comme frappé de stupeur.
Cet homme, c'était Renardet, celui-là même qu'il fuyait.
[XI]
M. Renardet était un petit homme maigre qui tenait à la fois du renard et de la fouine. Son nez long et pointu, ses lèvres minces et rentrantes, ses cheveux d'un ton fauve, ses doigts crochus, ses yeux, petits et couverts, dont la prunelle pâle et avide se fixait parfois avec une acuité terrifiante, l'eussent fait prendre pour un usurier ou un limier de police. Il n'était pourtant ni l'un ni l'autre, bien qu'il tînt de tous les deux. M. Renardet était simplement agent d'affaires, rue Richer, 53.
Agent d'affaires! Quelles affaires? Toutes les affaires possibles et impossibles, difficiles et véreuses. De la finesse poussée jusqu'à l'astuce; une persistance opiniâtre; une activité incessante; un manque absolu de conscience ou de sentiments généreux, telles étaient les qualités qui faisaient de M. Renardet un précieux serviteur du vice, un fripon accompli.
Maxime à sa vue était devenu pâle. Évidemment ce n'était point le hasard qui avait conduit Renardet dans le même compartiment; et un pareil homme n'avait pas dû s'endormir. Il avait donc entendu toute sa conversation avec Madeleine, il savait maintenant que son père était fort riche et ne le laisserait pas en prison.
«Je suis pincé, se dit Maxime, il faut prendre mon parti en brave.