—Un usurier de la pire espèce, qui ne se contente pas de gros bénéfices, et qui tondrait sur un œuf. Vous êtes de cet avis?
—Entièrement. Toutefois, vous vous assimilez à un œuf; je ne saisis pas bien l'analogie.
—C'est une métaphore pour exprimer ma pauvreté. Quand on est honnête et qu'on a du cœur, on reste pauvre. C'est ce qui m'arrive. Eh bien! je parie qu'il vous gruge, ce Pinsard, d'une manière révoltante. Combien vous a-t-il pris pour ces cent quatre-vingt mille francs?
—Soixante mille.
—C'est une indignité; prêter aussi cher avec une presque certitude de remboursement! Vous voyez bien! si vous aviez un homme d'affaires, on ne vous exploiterait pas ainsi. Moi, par exemple, je vous aurais trouvé cette somme à 20 pour 100. Je sais bien que vos parents peuvent vous faire interdire; mais c'est là une extrémité à laquelle on ne recourt pas souvent, et vos parents vous aiment.
—Mes parents m'adorent.
—Je le sais, Pinsard le sait aussi, le coquin. Mais c'est un madré compère, malheur à ceux qu'il tient entre ses pinces de vautour!
—Eh bien! voyons! quelles autres griffes me proposez-vous? demanda Maxime, qui jeta involontairement un regard sur les mains crochues de Renardet.
—Là n'est pas encore la question. Faisons d'abord nos conventions personnelles. Je veux être coulant avec vous et vous prouver que je ne cherche pas à vous exploiter. Voulez-vous m'allouer dix mille francs par an, et je ferai toutes vos affaires. D'abord, pour cette somme, je mets dedans le Pinsard; je vous préserve des gardes du commerce, qui en effet voyagent dans le compartiment voisin; je vous trouve de l'argent au vingt pour payer toutes vos dettes. Et par-dessus le marché, avant un mois, je vous saurai le nom du mortel heureux que vous préfère votre jolie petite cruelle.»
Entre la prison, ou Renardet pour homme d'affaires, Maxime n'avait pas le choix.