Cependant Mme Bonfilon, âpre au gain comme toutes les Lyonnaises, se montrait fort exigeante à l'égard des apprenties.
La maison Borel lui donnait de l'ouvrage et la favorisait en lui confiant des pièces à longue chaîne, d'un montage facile, et se montrait envers elle moins sévère pour la rendue des pièces. On lui faisait ces avantages en considération de Madeleine. Aussi les Bonfilon traitaient-ils les filles Bordier avec un peu plus de déférence que de simples ouvrières[5].
Il était huit heures du matin. C'était un lundi. L'atelier de Mme Bonfilon, qui chômait rarement, offrait cependant l'aspect du plus complet désarroi. Mais si les bistanclacs[6] se taisaient, Mme Bonfilon faisait retentir le vaste atelier de sa voix aigre et forte.
«Il est huit heures et personne n'est encore arrivé! Je sais bien que Marie Bordier est malade; mais Claudine, pourquoi ne vient-elle pas? Et Jaclard? Et Grangoire?
—Présent! dit une voix qui fit retourner Mme Bonfilon. Bonjour, patronne! vous maugréez contre les paresseux?
—Eh! ne faut-il pas que les métiers marchent! Quand ils s'arrêtent, c'est de l'argent qui dort. Et puis il y a des pièces qui sont pressées; il faut que votre façonné soit rendu demain; Jaclard aussi devrait avoir terminé cet échantillon qu'on attend depuis huit jours.
—Oh! pour lui, n'y comptez pas; il fait le lundi.
—Et Claudine qui avait promis de venir de bonne heure nous rattacher cette pièce!
—Claudine Bordier, n'est-ce pas cette belle fille qui a donné dans l'œil à Jaclard? dit Grangoire encore nouveau à l'atelier. Ce Jaclard, avec son air moribond, a autant de bonnes fortunes qu'un bourgeois.
—Oui! ça vous a une langue dorée, et c'est si corrompu!