—Cependant, il ne faut pas vous forcer, mademoiselle Marie, dit Grangoire en arrêtant son métier. On sait bien que vous êtes courageuse, et qu'il y a force majeure quand vous ne venez pas.
—Mais aujourd'hui, répondit Marie avec un sourire navrant, il y a force majeure. La mère est au lit, il faut bien manger, et nous avons un terme à payer dans huit jours.
—Pourquoi, fit Mme Bonfilon, n'avez-vous pas écrit à votre sœur qui est chez les Borel?
—Nous avons écrit. Nous attendions une lettre d'elle ce matin; mais nous n'avons rien reçu. Il lui sera arrivé quelque chose; car Madeleine nous aime bien, quoique elle soit riche.
—Cependant, Marie, ce n'est pas une raison pour vous rendre malade. Vous savez bien que nous ne regardons pas à faire une avance à une ouvrière courageuse et rangée comme vous.
—Je le sais, madame Bonfilon, mais les avances, voyez-vous....
—Ça, c'est vrai, interrompit Grangoire, il n'y a rien qui mette en retard comme ça.
—Mais Claudine, comment n'est-elle pas encore ici! s'écria Marie avec inquiétude. Il y a plus d'une heure qu'elle s'est mise en route pour venir.
—Elle aura rencontré quelque connaissance, dit Bonfilon.
—Pourvu que ce soit une bonne connaissance! soupira Marie. Je crains plutôt qu'elle n'en ait rencontré une mauvaise; car Jaclard n'est pas ici non plus.