—Mélanie m'a dit, Léna, que tu es revenue, hier soir, malheureuse et courroucée... Veux-tu dire ce qui te trouble à ton vieil oncle, mon enfant, à un humble prêtre qui a vu s'ouvrir bien des cœurs devant lui? Peut-être, après tout, n'est-ce qu'un orage comme il s'en forme dans la jeunesse?
Léna ne put résister à cette bonté. Elle s'agenouilla comme si elle eût été au confessionnal, et murmura:
—C'est fini, tout à fait fini.... Il ne m'aime plus, et moi... je le déteste!
Le curé se garda bien de lui dire qu'il ne faut détester personne; le moment n'était pas venu.
—Je n'aimais pas beaucoup pour toi un mari très riche, très lancé dans un monde raffiné et exigeant. Enfin, tu aurais pu te mettre à son niveau: une vraie affection fond les vies, et puis tu as du bon sang dans les veines.... Maintenant, n'abandonnes-tu pas trop tôt ce rêve qui te rendait si heureuse? Ma petite fille, il ne faut pas écouter l'orgueil ni la rancune.... Que t'a-t-il fait? Se refuse-t-il à tenir sa promesse?
—Non, mais il ne m'aime plus....
Il y avait quelque chose de tragique dans ces paroles, dites un peu bas et très simplement.
Le curé porta la main à son front d'un geste embarrassé, et tourmenta les mèches grises que le vent venait d'ébouriffer.
—Il ne t'aime plus! Déjà! Alors, cet amour-là n'était pas bien fort, ma fille.... Mais en es-tu sûre?
—Croyez-vous que je puisse m'y tromper? Je l'ai trouvé si différent! Ah! je le vois bien, j'ai été pour lui la distraction d'une saison! Il m'oubliera, lui! Mais moi, bien que je sente mon amour mort comme le sien, je ne l'oublierai pas, parce que...