Elle appuya inconsciemment la main sur son cœur...

—Parce qu'il m'a fait aimer en vain, et puis parce qu'il m'a rendu le bonheur impossible....

—Allons, allons, dit le curé plus attendri qu'il ne voulait le paraître, ne disons pas, quand l'hiver dépouille les rosiers, qu'il n'y aura plus de roses.... Tu seras désormais moins confiante, ma petite fille, moins confiante dans les inconnus qui peuvent être sincères, mais qui sont légers.... En revanche, tu penseras que, puisque tu n'as plus de mère, ta Mère du ciel veillera sur toi, oui, même sur ton bonheur terrestre.... Qui sait si tout ce chagrin n'est pas pour le mieux? En tout cas, porte ta peine en Bretonne chrétienne et résignée; après tout, le bonheur n'est qu'un accident dans notre vie; notre vie, elle est faite pour le bon Dieu.... Et enfin, ma petite fille, tu pardonneras le chagrin qu'on te fait. Le pardon, vois-tu, est un baume qui guérit le cœur dont il sort.... Je te bénis, ajouta le prêtre, formant une petite croix sur son front, et je demande à Dieu qu'il fasse de toi une femme forte.

Il pria un instant; puis, voyant l'apaisement se faire sur le visage tourmenté de Léna, il voulut la distraire de tant de tristesse.

—Qu'est-ce que ce tableau que tu regardais? dit-il, prenant ses lunettes. Mais c'est le Coatlanguy!... O ma petite fille, comme cela réjouit mon vieux cœur de revoir la maison où j'ai joué enfant!... Et c'est Alain, là, près de la porte! Un beau gars! Oh! quel plaisir!... Et d'où vient ce tableau? ajouta-t-il, essuyant les verres qu'une larme venait de mouiller.

Il rouvrait dans l'esprit de Léna une source de trouble un instant oubliée.

—D'où vient ce tableau? répéta-t-elle. Ah! mon oncle, vous pouvez le dire mieux que moi, peut-être! Le nom de celui qui l'a peint est Hervé Lebreton, et vous savez sans doute si c'est mon père?

Son regard anxieux rencontra des yeux effrayés.

—Est-ce mon père? demanda-t-elle, tremblante.

—Je... je ne puis en être sûr.