Elle s'arrêta un instant au seuil du Coatlanguy. Le jour, terne, blafard, se levait maintenant, donnant un aspect triste aux murs gris et au revêtement de rameaux dépouillés et de brindilles noirâtres qui les tapissait.
A l'intérieur de la maison, il y avait encore des lumières, mais, à travers la pluie, le reflet en était rouge et sinistre. Elle se dirigea vers la porte ouverte de la cuisine, et eut un élan presque sauvage vers ce lieu familier, qu'égayait la grande flamme du foyer, et où Loïzik préparait les bols du déjeuner.
—Loïzik, c'est moi!
Sa cousine tressaillit en voyant dans le cadre de la porte cette lamentable apparition.... Léna avait rejeté son capuchon; les mèches de ses cheveux, collées à son front, lui donnaient un aspect tragique, et dans son regard, il y avait une expression qui fit reculer Loïzik.
—Léna!... Qu'est-il arrivé? Sans prévenir!.... Mais tu es malade!
Elle l'entraînait près du feu, frissonnant au contact de ces mains glacées. Elle la fit asseoir sur le vieux banc de chêne qu'abritait le manteau de la cheminée, et elle dégrafa sa cape. Puis, jetant un coup d'œil sur les souliers pleins de boue, elle les défit d'un geste vif, arracha les bas mouillés, et, s'agenouillant, prit avec pitié dans ses mains tièdes les pauvres petits pieds transis.
—Marianna, vite, du café bouillant.... Et le flacon de rhum.... Ma pauvre! Pourvu que tu ne tombes pas malade!
Les traits rigides de Léna se détendirent. Elle s'inclina pour baiser le visage de sa cousine.
—Écoute, dit-elle fiévreusement, je m'étais trompée.... Sa mère est une grande dame hautaine, si, si polie envers moi, qu'elle en était insolente... Comprends-tu?
Loïzik la regardait avec effroi.