—C'est un autre monde que le nôtre, te dis-je. Je pourrais être chez moi dans nos châteaux d'alentour; mais là, j'étouffais.... Je n'étais pas désirée, et même....
Elle s'interrompit comme si elle suffoquait, puis reprit avec effort:
—Même lui était changé.... Il voulait bien encore m'épouser, mais je ne pouvais y consentir, car il ne m'aime plus. Alors je suis revenue, Loïzik, car en moi aussi, l'amour est mort....
Sa voix s'éteignit dans un sanglot, et elle cacha son visage sur le cœur de Loïzik, qu'elle sentait battre de pitié.
—Veux-tu, dit-elle, relevant tout à coup la tête, aller dire à mon oncle et à Goulven que je m'étais trompée, que je hais Paris, que je me suis éveillée de mon rêve? Et demande-leur de ne plus jamais, jamais, me parler de cet horrible voyage!
Après cela, elle parut soulagée, et consentit à prendre la boisson chaude que sa cousine lui avait préparée. Puis elle monta dans sa chambre pour changer de costume, et reprit immédiatement, malgré sa lassitude, ses occupations ordinaires.
Le maire la vit à l'heure du repas.
—Eh bien! Lénik, tu n'as pas eu un beau temps, à Paris? dit-il, lui adressant un petit signe d'amitié. Le curé et Mélanie vont bien? C'est-il joli, chez eux?
Léna répondit brièvement. D'un commun accord, tout souvenir pénible était supprimé; le voyage de Paris était censé n'avoir eu d'autre but que de voir les parents exilés. Le maire n'était point curieux; il n'était pas, non plus, de ces sages qui aiment à triompher des erreurs d'autrui. Satisfait de voir sa nièce revenue, content de la rupture des projets qu'il avait désapprouvés, il se trouvait suffisamment renseigné par les explications de Loïzik, et jugeait que le silence achèverait d'étouffer les regrets de Léna, s'il lui en restait encore.
—Du moment que c'est elle qui a rompu, tout va bien! avait-il dit à Loïzik d'un ton d'orgueil soulagé.