La journée se passa, pour Léna, comme dans un rêve. Elle s'était juré d'anéantir son amour, et à vrai dire, l'attitude de Landry l'avait à peu près tué. Elle pleurait en lui le rêve, plutôt que l'homme, qu'elle méprisait maintenant. Elle travailla tout le jour, elle brisa son corps pour étouffer sa pensée; elle essaya de chanter, comme jadis, en faisant sa besogne. Une sorte de brouillard enveloppait son esprit. Par moments, elle se demandait où elle était; il y avait comme des trous dans ses souvenirs; elle se surprenait à chercher quelque chose d'oublié, à raviver une idée qui lui avait échappé.
Le soir, sa malle arriva. Loïzik lui offrit de ranger ses affaires. Une secrète curiosité l'animait; elle savait que son oncle avait donné de l'argent à Léna pour acheter un costume, et elle mourait d'envie de voir ce costume de Paris.
Sa cousine la devina.
—Tu cherches ma toilette neuve? dit-elle avec amertume. Elle m'a trop fait souffrir: je l'ai laissée à tante Mélanie.
Loïzik n'osa même pas demander de quelle couleur était la robe.
Tout à coup, Léna tressaillit. La petite peinture venait d'apparaître, et Loïzik demandait la permission de la déballer.
—C'est un souvenir que tu as rapporté, Lénik? Puis-je voir?
Sur un signe, elle ôta le papier, et poussa un cri.
—Le Coatlanguy!... Quoi! on le connaît, à Paris? dit-elle naïvement. Oh! que c'est bien! Ainsi, après tout, tu aimes le pays plus que tu ne le pensais, chérie, puisque, de tant de jolies choses que tu as vues, tu ne rapportes que l'image de la vieille maison!
Les lèvres serrées, l'œil brillant, Léna retrouva tout à coup l'idée fixe échappée à son cerveau surmené, le souvenir perdu, l'obsession un instant voilée.