Elle devait savoir si son père était encore vivant. Mais elle résolut de se fier à la promesse du curé de Boulommiers, et d'attendre qu'il eût préparé les voies.

XVIII

Ce fut le surlendemain matin que le facteur apporta la lettre du presbytère. Léna la reçut de ses mains, et alla la déposer sur le bureau du maire.

Une anxiété insupportable s'empara d'elle; de la secousse qu'elle avait subie, il lui demeurait une singulière surexcitation des nerfs.

Tantôt exaltée, tantôt déprimée, elle n'était plus comme jadis maîtresse d'elle-même, et pour conserver des dehors tranquilles, il lui fallait déployer une énergie douloureuse, qui, elle le sentait, épuiserait vite ses forces physiques.

Quand son oncle se mit à table, il avait dû lire la lettre. Il n'en dit pas un mot, et rien, dans ses manières ni dans le ton de sa voix, n'indiqua qu'il fût troublé.

Léna endura tout le jour un vrai supplice, se demandant si elle était ou non orpheline, si elle aurait à apprendre des choses pénibles pour son cœur, ou à plaider la cause d'un exilé.

Le soir vint. Le maire, aussi libre d'esprit que jamais, causa de choses et d'autres, sans faire même une allusion à la missive reçue.

Mais une nuit d'insomnie acheva de surexciter l'imagination de Léna. Dans le grand vide de son cœur, elle cherchait inconsciemment un aliment, et se rejetait avec une angoisse cruelle sur cette question pleine de mystère, sur cette possibilité d'avoir encore un père à chérir.

La matinée du lendemain s'étant encore passée sans que son oncle lui dît un mot, elle fit appel à tout son courage, et, ayant pris la petite toile qui, elle en était presque sûre, était l'œuvre de son père, elle entra dans le bureau, où le maire alignait des chiffres sur un registre.