Un pas pesant se fit tout à coup entendre dans le corridor, et Léna écouta avec surprise: son oncle, qui couchait au rez-de-chaussée, montait rarement au premier étage. Mais les pas s'arrêtèrent devant sa porte, et, sans même frapper, avec l'autorité d'un maître, le maire souleva bruyamment le loquet primitif.

—Que fais-tu ici toute seule? demanda-t-il brusquement. Est-il utile de brûler de la chandelle, quand il y a une lampe en bas? Ces manières ne me conviennent pas, surtout...

Il s'interrompit eu voyant le petit tableau entre les mains de sa nièce, et une colère soudaine s'alluma dans ses yeux.

—Encore cette idée fixe! Ah! c'est ainsi que tu t'entretiens dans ta révolte!... Donne-moi cela!

Avec un geste d'effroi, mais résolue, elle serra le tableau entre ses doigts.

—Donne-le-moi, te dis-je! répéta-t-il, les dents serrés.

—Il est à moi! Je l'ai acheté.... Vous n'avez pas le droit de m'enlever une œuvre de mon père! s'écria-t-elle, courageuse devant sa colère.

—Je n'ai pas le droit d'agir en maître chez moi?...

Et, d'un geste violent, il arracha des mains crispées de sa nièce la toile qu'elle essayait de défendre.

—Mon oncle, c'est mal! C'est lâche! cria-t-elle, frémissante.