«Heureux Noël à tous!»

Quand Séverin, un peu avant sept heures, pénétra dans l'atelier, son hôte avait, en son honneur, revêtu un veston de velours, et noué à son cou une pittoresque cravate pourpre, qui rendait plus délicate la pâleur de son visage, et plus brillante la blancheur de ses cheveux. Presque aussitôt Léna parut, et son père lui sourit. Elle avait arrangé sur son corsage un fichu de mousseline, suspendu à son cou une de ses croix bretonnes, et relevé ses cheveux à l'aide d'un antique peigne d'argent bruni.

La vie sédentaire qu'elle menait avait pâli son teint, d'où le hâle avait disparu. Ses mains aussi étaient redevenues blanches. Elle n'était plus, maintenant, embarrassée pour arranger ses beaux cheveux châtain aux reflets d'or, et telle qu'elle apparaissait, elle était si jolie, si vraiment distinguée, avec une pointe d'étrangeté dans son costume, que Séverin se demanda si elle était vraiment la même qui s'était assise dans une désastreuse toilette grise et terne à la table de Mme Desmoutiers, six semaines auparavant. Il se dit que si Landry l'eût vue ainsi, les choses auraient sans doute tourné d'une manière différente. Mais pouvait-il le regretter? Est-il possible de fonder le bonheur de deux vies sur un sentiment aussi fragile, tenant à des accidents extérieurs de cadre et de toilette?

Les soins intimes et vulgaires auxquels elle venait de se livrer n'avaient laissé nulle trace sur son visage frais et reposé. Elle avait l'air paisible d'une personne qui a passé sa journée à se promener ou à lire. Un éclair de plaisir passa dans son regard quand Séverin exprima son admiration pour le couvert, et un seul souci lui demeurait en se mettant à table: la crainte des bévues de Giuseppa.

Comme elle servait le potage, apporté dans un énorme bol de Chine, un rapprochement se présenta tout à coup à son esprit: la seule fois qu'elle eût dîné avec Séverin, c'était chez la mère de Landry. Une vive rougeur trahit son émotion, et Séverin en devina le sujet. Mais il réussit à l'en distraire.

—J'ai pris, aujourd'hui, la liberté de m'occuper de vous, dit-il, se tournant vers elle.

—De moi?

—Je désirais pour vous une ou deux relations féminines.... Une de mes vieilles amies est désireuse de faire votre connaissance, et aussi de voir l'atelier de M. Lebreton.... Si vous le permettez, je l'amènerai, demain.

—C'est très bon à vous, dit Léna, un peu nerveuse. Mais je suis si peureuse! Le seul coin du monde que j'aie entrevu m'a seulement donné le désir de me replonger dans ma sauvagerie!

Il sourit.