—Par une dame, amie de Léna. La pauvre petite l'ignore.
Une soudaine défiance contracta les traits du maire.
—Elle ignore que son père est malade! Allons, c'est un piège qu'on me tend! Léna soignait toutes les maladies du bourg, et elle s'y connaît encore, je pense!
—Il y a des désordres intérieurs qui déjouent l'expérience d'une jeune fille: Hervé est atteint d'une maladie du cœur.
—On vit trente ans avec cela! dit le maire, ébranlé.
—Il ne vivra ni trente ans, ni trente mois! dit le prêtre avec fermeté. Tu ne supposes pas que mon habit, à défaut de ma conscience, me permette de te tromper, ni même d'être pris comme complice d'un mensonge! Je te répète que ton frère est très malade, qu'un malheur est imminent, et je te laisse te représenter ce que c'est que de mourir en terre étrangère, laissant après soi une fille de vingt ans!
Une pâleur grise couvrait les traits du maire. Maintenant, c'était sa mère qu'il revoyait toute jeune dans l'allée envahie par l'herbe, et à son oreille retentissait cette phrase, entendue si souvent: «Alain, tiens la main de ton petit frère...»
Il essuya son front, couvert de sueur froide.
—Il n'était plus un Coatlanguy... Il avait compromis son nom... J'avais juré qu'il ne franchirait plus ce seuil! murmura-t-il dans une dernière lutte contre son ressentiment.
—C'était un serment exécrable! dit le prêtre avec énergie. Tu l'as d'ailleurs mal jugé, mal compris... Il a gardé l'âme d'un enfant... Rejeté par ton cœur impitoyable, il a trouvé ailleurs la sympathie, l'honneur, la gloire humaine, même... Il a illustré le nom de Lebreton autant que ses ancêtres les batailleurs... Je ne te demande pas de lui pardonner, mais de réparer ton injustice!