—Certainement; les gens d'ici le sont tous.

—Et cependant, ils sont si pauvres!

—Oui, mais ils ont peu de besoins. C'est pourquoi, voyez-vous, j'écarte d'eux, tant que je le puis, ces prétendus progrès qui éveilleraient en eux plus de désirs qu'ils n'en pourraient satisfaire, et qui les inciteraient à quitter leur sol.

Le souper eut lieu dans la salle, imparfaitement éclairée par deux lampes à pétrole. Les Coatlanguy y semblaient un peu dépaysés, un peu en cérémonie. Dans une disposition d'esprit moins favorable, moins enthousiaste, Landry eût remarqué davantage les défectuosités du couvert. La porcelaine à filets verts servie en son honneur était dépareillée; les ustensiles qu'il était accoutumé à voir si élégants chez sa mère, comme les salières, le couvert à salade, étaient communs et rustiques; le menu lui-même était plus substantiel que délicat et bien apprêté. Mais tout cela passait inaperçu, ou prenait à ses yeux un cachet pittoresque, amusant, bénéficiant d'ailleurs de la comparaison des auberges de la montagne.

Après le souper, le maire se leva.

—Nous allons faire, comme chaque soir, la prière, dit-il. Si cela vous convient vous pouvez venir avec nous.

Les domestiques attendaient dans la cuisine.

Le maître s'agenouilla, et tous avec lui, et il commença de sa voix forte, moitié en breton, moitié en latin, à réciter les prières du soir. Puis Léna s'approcha de la lampe fumeuse placée sur la table, et lut la vie du saint dont on devait célébrer le lendemain la fête. Landry ne la comprenait pas; mais, sur les lèvres de la jeune fille, les rudes syllabes bretonnes devenaient presque harmonieuses.

Les domestiques avaient disparu, et le maire s'apprêtait à regagner sa chambre, bien qu'il ne fût pas huit heures et demie, lorsque Landry l'arrêta.

—Il y a là un piano et un harmonium... Mesdemoiselles vos nièces sont musiciennes?