—Oh! oui, assez, dit Goulven d'un ton convaincu, quoi qu'elles n'aient guère le temps de jouer, sauf le dimanche.

—Est-ce qu'on ne pourrait pas faire, ce soir, une exception en ma faveur? demanda Landry en souriant.

Les jeunes filles regardèrent leur oncle, et celui-ci tira sa grosse montre d'argent.

—Il est tard, dit-il, mais une fois n'est pas coutume, et je veux bien accorder une demi-heure de musique.... Allons, Loïzik, joue-nous un air breton.

Sans se faire prier, très simplement, très naïvement, Loïzik s'approcha du piano, que Landry s'était hâté d'ouvrir, et joua avec un talent des plus médiocres quelques airs mélancoliques, aux consonances étranges, à l'allure primitive, qui ravirent Goulven et plurent à Landry.

—Et toi, Léna, chante-nous! dit le maire de son ton d'autorité.

La jeune fille rougit, mais n'eut pas l'idée de désobéir à un ordre qui lui causait cependant un visible émoi.

—Voulez-vous chanter en breton? dit Landry, s'avançant vivement pour ouvrir l'harmonium, vers lequel elle se dirigeait.

—Vous ne comprendrez pas, dit-elle, riant malgré elle.

—Je devinerai peut-être....