—Tu pourras le remettre une fois, ce cher costume, ajouta-t-il, s'il te plaît de te marier en Fouesnantaise, comme ta mère....
Elle ne discutait plus avec lui, et elle s'abstint de lui dire qu'elle ne se marierait jamais. Mais cette parole lui avait causé une involontaire souffrance...
Un silence presque absolu régnait maintenant sur la Riva, où passaient seuls quelques promeneurs tranquilles. Les gondoles se faisaient rares sur le canal, et les cloches des églises sonnant les heures étaient entendues clairement dans ce grand calme de la nuit.
Hervé commença tout à coup à s'agiter légèrement. Il s'était assis dans son atelier, et il demandait toujours plus de lumière. Il se levait pour aller à la grande fenêtre d'où il voyait glisser les petites lueurs sur l'eau, pour inspecter la table du souper, à laquelle Léna avait donné un air de fête. Il regarda sa fille, et parut satisfait: elle avait sa robe de drap noir, avec un de ces grands cols brodés qu'il aimait à lui voir. Il alla vers un long tube de verre émaillé dans lequel baignaient des roses. Il en choisit une d'un rouge éclatant, et l'attacha à son corsage sans qu'elle protestât: elle était une part du décor qu'aimaient ses yeux d'artiste.
Et enfin, l'attente eut un terme, et Séverin, étant monté le premier en messager, entra dans l'atelier et alla serrer la main du peintre.
—Ils sont là, et votre frère est plus ému encore que vous, dit-il gaiement.
—Cher Alain!...
Hervé se leva pour accueillir son frère, le chef de la famille.... Les deux frères se trouvèrent tout à coup en face l'un de l'autre, hésitants, éperdus, cherchant désespérément à se reconnaître.... Sur ces visages changés, vieillis, quelque chose demeurait, cependant, du passé: c'étaient les yeux, pareils de couleur, divers d'expression, toujours comme autrefois. Mais soudain, la même tendresse passionnée s'y peignit, prêtant à Hervé une énergie inaccoutumée, à Alain une émotion presque féminine.... Un moment, ils se ressemblèrent. Et ils s'étreignirent avec une joie poignante, pendant que Léna pleurait silencieusement.
...Quelques minutes se sont écoulées, Hervé est de nouveau assis dans son fauteuil, maintenant très calme. Seulement, ses traits se sont tirés et amincis. Alors, Alain cherche autour de lui, et reste un instant saisi de surprise, peut-être de désappointement, en voyant Léna venir à lui. Mais il a compris, lui aussi, qu'il faut accepter l'irrévocable. Après l'avoir embrassée, il la regarde d'un œil perçant.