—Et demain, je mettrai ma mante pour sortir avec vous, oncle Alain!

Il l'aime chèrement, et la pensée de la revoir a allégé les longues heures de voyage; cette tendresse secrète était, jusqu'ici, le défaut de cette cuirasse de fermeté, de sévérité dont il était revêtu. Et cependant ce n'est pas elle qui l'absorbe, qui le passionne en ce moment. Il n'a d'yeux que pour ce frère retrouvé; il s'assied près de lui, et il prend sa main transparente dans ses mains robustes et rugueuses à lui, avec la vague idée de lui communiquer de la vie, de la force, un fluide sauveur.

—Comme tu as supporté ce long voyage! dit Hervé avec admiration. On dirait que la fatigue n'a pas de prise sur ton corps de fer! Et ce cher Yves!... Ses travaux, à lui usent plus, je pense, que le labeur de la terre....

—Oui, mais on remporte des victoires! dit le maire avec effort.

Il cherche un moyen de dire à son frère qu'il regrette le passé.... L'abbé, qui le devine, s'éloigne un peu pour causer avec Léna et Séverin. Alors Alain se penche, une sueur venant à son front.

-C'est un doux, que l'abbé.... Mais il est dit que les doux posséderont la terre.... Et il est venu remuer la terre inculte de mon cœur, de ce cœur trop dur.... Il est prêtre, et nous devons l'écouter.... Tout est oublié, Hervé? dit-il d'une voix que la honte et l'angoisse étranglent.

Hervé passe son bras autour de ce cou robuste.

—J'avais des torts, et tu avais des droits! dit-il doucement.

Mais cette douceur même acheva de briser le cœur altier du maire.

—Hervé! ne parle pas ainsi! Maintenant je vois clair! Dis-moi que tu ne m'en veux pas!