—Il faudra, dit tout à coup Hervé, s'arrachant à cette conversation si douce, que Léna vous montre Venise.
—Oui, dit le maire gaiement, car nous ne pouvons prolonger notre séjour,—ni Yves, qui est attendu par ses apaches et ses vauriennes, ni moi, qui ai des ouvriers là-bas.... Mais naturellement, Hervé, je t'emmène!
Léna, rougissant d'émotion, regarda son père. Il attachait sur Alain des yeux un peu troublés.
—C'est bien loin! dit-il de sa voix douce et lassée. J'ai ardemment désiré retourner chez nous, mais il me semble que le Coatlanguy est venu à moi.... J'y ai vécu depuis hier.... Tout ce qui m'entoure s'est transformé: il me semble que je vois devant moi nos grandes cheminées, nos lambris de chêne noir, et nos poutres solides et tordues ondulant au-dessus de ma tête.... J'entends les cloches de Lanrouara, et ma mémoire me rend les chansons de nos jeunes filles battant le linge au lavoir....
Le cœur d'Alain se serra.
—Tu ne me feras pas le chagrin de rester ici! Loïzik a déjà mis des draps à ton lit, et les marguerites dont elle veut te faire des bouquets seront vite passées.... Léna doit assister au pardon, et, pour une fois, elle se mettra en Fouesnantaise, afin de plaire à son vieil oncle!
Hervé détourna brusquement son regard.
—L'été va me rendre des forces, dit-il d'un ton qui voulait être confiant. Et alors, j'irai te retrouver.... Ou bien, tu me feras un sacrifice, et tu attendras....
Attendre... quoi? Un frisson agita le maire.
Hervé regarda le curé, et reprit avec un accent léger, presque joyeux: