—Oh! dit-elle, dépitée, ne faites pas le diplomate! D'abord, ce style embarrassé, haché, ne ressemble en rien aux jolies lettres que m'a écrites Landry jusque... jusqu'à son accident. Cette missive étrange, arrivant après une série de cartes postales, me paraît grosse de réticences... Et puis, c'est louche... Il parle d'une main contusionnée, et avoue qu'il fait de la musique.... De la musique! Ce n'est pas, je pense, pour un vieux paysan et son fils le chasseur! Un piano, cela suppose des jeunes filles—Or, pourquoi ne me parle-t-il pas tout simplement, tout franchement, des habitantes de cette ferme, ou de ce manoir?

Séverin, plein d'admiration pour des déductions dont il pouvait constater toute la justesse, ne put retenir un sourire.

—Qu'en pensez-vous? répéta Mme Desmoutiers. Ne suis-je pas logique?... Mais vous ne semblez pas aussi étonné que vous devriez l'être! ajouta-t-elle, frappée d'une idée soudaine. Séverin, Landry vous a écrit!

Séverin se rappela la demande de Landry: «Prépare les voies, si tu le juges bon.»

—Oui, j'ai reçu des cartes et une lettre, dit-il tranquillement.

—Eh bien! ai-je raison? Vous parle-t-il de la jeune fille?... Séverin, vous me faites mourir! Montrez-moi cette lettre!

—Ma chère Jeanne, je ne l'ai pas sur moi; mais j'ai pour principe de ne jamais communiquer les lettres, même les plus insignifiantes.

—A une mère!... Mais enfin, que dit-il?

—Il me donne des détails pittoresques, et me décrit des mœurs et des types comme nous n'en soupçonnons évidemment pas à Paris. Ses gentilshommes paysans ont une vraie noblesse.

—Et une rusticité encore plus grande! Et elle? Parlez donc, enfin!... Du reste, je suis folle! C'est une amourette sans conséquence, ou même rien du tout....