—Je le pense comme vous, et je crois que l'admiration de Landry s'en ira en fumée dès qu'il aura repris pied dans le monde civilisé.
—Évidemment! Je perds la raison quand il s'agit de cet enfant.... Que vous dit-il d'elle, Séverin?
—Il fait d'elle, comme vous dites, un fort séduisant portrait.... Une très jolie fille, portant un vieux nom authentique, élevée au couvent, instruite et distinguée, et vêtue, comme une fée Morgane, de broderies d'argent et de précieuses dentelles.
—Mais c'est du roman!
—Landry est romanesque, dit Séverin, retenant un sourire.
—Vous ne pensez pas que... qu'il commette la folie de parler, de s'engager?
—Non certes; pas sans vous avoir parlé d'abord.
—Et je le raisonnerai! s'écria-t-elle, soulagée.
—Ma chère Jeanne, dit Séverin s'enfonçant dans sa bergère, ayant l'honneur de recevoir vos confidences aussi bien que celles de votre fils, il m'est évidemment imposé d'être impartial, et de conseiller ce que je crois le meilleur. Je ne désire pas plus que vous un mariage qui, s'il n'est pas une mésalliance, sortirait Landry de sa sphère, on y introduirait une femme incapable de s'y adapter. Dans l'intimité d'un foyer, et dans les rapports forcés avec le monde extérieur, ce n'est pas assez d'avoir des principes solides, des qualités sérieuses: il faut une parité d'éducation, d'habitudes, de goûts, ce qui résulte tout naturellement d'avoir vécu dans le même milieu. Je crois donc que Landry regretterait avant peu de s'être ainsi engagé, et je crois également que, malgré la facilité qu'ont les femmes à se plier aux situations, cette jeune fille ne serait pas heureuse. Il est donc désirable d'enlever Landry à son rêve, d'autant que, s'il se prolonge, il peut laisser derrière lui des regrets, des souffrances irréparables.
Quelque chose se pinça dans les traits de Mme Desmoutiers, et elle fit un geste indifférent, laissant deviner que les regrets d'une inconnue la touchaient fort peu.