—Alors, que conseillez-vous, mon ami?

—D'abord, de ne pas heurter votre fils, d'éviter toute discussion avec lui, de ne pas même vous opposer ouvertement à ses projets quand il vous les dira; mais de le rappeler sous un prétexte plausible, puis de le replonger dans son milieu, dans sa vie, de la distraire, d'arranger un voyage.

—Parfait! Oh! vous verrez comme je serai adroite! D'abord, j'ai un gros rhume; je vais l'exagérer, appeler mon fils, puis lui demander, comme vous me le conseillez, de m'accompagner dans le midi, en Italie, en Espagne, n'importe où... Ah! mon pauvre Séverin, que de tourments nous donnent ces grands garçons! Landry, qui est si charmant, si recherché, peut faire un mariage superbe... Quand je pense qu'il va s'éprendre d'une paysanne, évidemment sans le sou, dont les manières le couvriraient de confusion!

—Mettons les choses au point, dit Séverin un peu sèchement. Je n'ai point l'intention de me mêler de n'importe quel mariage superbe pour Landry. Ce n'est pas parce que cette jeune fille est pauvre que je juge son projet malheureux: c'est parce que, le connaissant à fond, je prévois qu'une fois son enthousiasme calmé, il aurait des regrets infinis. Je songe même à la tranquillité et au bonheur futur de cette enfant, en désirant que Landry ne la revoie pas.

—Oh! vous êtes bien bon! Des intrigants odieux! Des gens qui, pour reprendre un rang dans le monde, ont attiré mon fils et l'ont enjôlé!

—Ceci n'est pas probable. Le portrait que me fait Landry des Coatlanguy est trop vivant pour n'être pas vrai. Ce sont des simples, j'en suis sûr, incapables de tant d'intrigue. Qui sait, même, si ce cultivateur intransigeant ne refuserait pas sa nièce à un bourgeois!

—Oh! quant à cela!... Enfin, ne discutons pas les détails, puisque nous sommes d'accord sur le fond.... Voulez-vous vous charger de rappeler Landry, de lui dire que je suis malade, que vous avez vu mon docteur....

Le visage de Séverin devint tellement glacé, que Mme Desmoutiers s'interrompit, un peu interdite.

—Vous autres femmes, dit-il d'un ton de sarcasme, vous vous entendez trop bien à intriguer et même à... mentir, pardonnez la crudité du mot, pour qu'il vous soit nécessaire d'appeler à votre aide la diplomatie masculine, très inférieure. Arrangez-vous avec Landry comme il vous plaira, je ne saurais m'en mêler.

Il se leva en disant ces mots, et elle protesta contre ce prompt départ.