[*] Traduit par M. le vicomte de la Villemarqué.

Des groupes s'étaient formés autour du petit chanteur. Les enfants, obéissant à la lettre, se jetaient à genoux, les femmes se signaient, et les hommes glissaient une pièce de deux centimes dans le chapeau déformé de l'aveugle.

Le ciel gris, le brouillard léger, la bise aigre et gémissante de novembre s'harmonisaient avec cette scène, et une vague tristesse, ou plutôt une angoisse envahit de nouveau le cœur de Landry.

Le maire, qui était revenu le premier de l'office, se tenait sur le perron, regardant les jeunes gens qui rentraient. Il y avait un pli sur son front, et ses lèvres se serraient avec une sorte de résolution.

—Le père a quelque chose qui le tourmente, dit Goulven.

—Il est toujours triste, le jour des morts; il a vu partir tous les siens! murmura Loïzik.

—M. Desmoutiers, j'ai une demi douzaine d'arbres à marquer là-bas pour le bûcheron, dit le maire, répondant d'un signe au salut amical de Landry; voulez-vous venir avec moi, pendant que les jeunes filles changent leurs vêtements de deuil?

—Oh! très volontiers!

Ils s'acheminèrent d'un pas vif vers un bouquet de chênes très vieux, presque morts, qui s'élevaient sur la lande, à deux ou trois cents mètres du manoir. Landry parlait avec son enthousiasme ordinaire des usages bretons, de la solennité incomparable de ce jour des morts, et du chant qu'avait dit le petit Yann, l'aveugle. M. de Coatlanguy l'avait d'abord écouté avec un plaisir involontaire; mais il l'interrompit tout à coup, et dit avec une certaine brusquerie:

—Est-ce que vous resterez encore longtemps à Morlaix?