Landry tressaillit de surprise, et murmura quelque chose d'embarrassé sur le charme hivernal du paysage et le plaisir de la chasse.
—Tout cela est très bien; mais vous avez un pays, une maison, une famille, et, je l'espère pour vous, des occupations. Vous perdez votre temps, ici.
Stupéfait, inquiet, Landry garda le silence.
—Je suis habitué à parler sans détours, reprit le maire de sa voix rude. Je ne suis pas un monsieur de votre monde, mais un paysan ignorant des belles paroles. Donc, mon jeune Monsieur ne vous fâchez pas si je vous dis que vous êtes resté ici assez longtemps....
Une rougeur ardente monta aux joues de Landry.
—Ne prenez pas cela pour une insulte, reprit vivement le maire. Je vous crois honnête; vous ne voyez pas la situation dans laquelle vous vous mettez.... Soyons francs, comme deux hommes.... Vous parlez trop à ma nièce Léna; vous montrez trop, aussi, que vous la trouvez jolie, et comme cela ne peut vous mener à rien, ni vous ni elle, sauf à des chagrins, je vous donne cordialement cet avis: retournez chez vous, dans votre monde.
Les sentiments chevaleresques de Landry s'éveillèrent, et aussi.... l'esprit de contradiction qui lui faisait habituellement désirer ce que les autres jugeaient pour lui inaccessible.
—Mon monde! Le vôtre le vaut bien, M. de Coatlanguy! Vous êtes un gentilhomme, et moi d'une vieille bourgeoisie parisienne.
Le maire haussa les épaules.
—Oui, je suis gentilhomme, et je pense que mon nom vaut le vôtre. Mais il n'y a pas que l'origine pour apparier les gens: il y a l'éducation, les habitudes. Vos bourgeoises de Paris se moqueraient de Léna.... Quant à vous, votre instruction dépasse la nôtre, et vous avez fréquenté des gens bien différents de notre simple entourage. Mais à quoi bon discuter? Vous sentez, aussi bien que moi, que ma nièce ne peut être votre femme.