—Pourquoi? s'écria Landry, frémissant.
—Ce serait votre malheur à tous deux, dit le maire durement.
Si ce simple paysan aux allures droites et brusques, ignorant du monde et de ses détours, eût été le plus consommé des diplomates et eût cherché un moyen sûr pour faire épouser sa nièce à Landry, il n'aurait certainement pas mieux réussi.
—Pourquoi? répéta le jeune homme. Si vous m'avez étudié, comme vous semblez le dire, n'avez-vous pas compris qu'au sortir d'un cercle raffiné, mais toujours factice, j'ai pris ici un bain de vérité et de noblesse? J'y ai compris les grandes tâches de la vie, la beauté des principes immuables. Et si vous connaissiez les jeunes filles que je vois dans le monde, vous ne vous étonneriez pas que je sois séduit par la grâce austère et la simplicité de vos Bretonnes....
Il avait parlé avec tant de chaleur, que le maire fut un peu ébranlé.
—Vous ne seriez pas heureux, vous dis-je; Léna est fière, et souffrirait dans votre monde.
—Croyez-vous que je ne saurais pas la garder de tout froissement?
—Mais on ne transplante pas notre rude flore. Elle-même qui, je ne l'ignore pas, s'imagine qu'elle serait plus heureuse hors d'ici, elle-même, croyez-moi, aurait le mal du pays.... Un mal terrible pour les Bretons! Ils en meurent!
—Je la ramènerais! Je suis heureux, ici.... J'y achèterais un domaine, et, avec vos conseils, je m'efforcerais aussi de faire du bien....
Une lueur passa dans les yeux du maire, mais il secoua la tête.