—... Par épouser une comédienne! dit-il d'une voix de tonnerre.
Landry, consterné, sentait une sueur froide sur ses tempes.
—Ce n'est pas tout. Il plaça le peu qui lui restait d'argent dans des affaires véreuses. Il perdit tout, même l'honneur, car son nom, mon nom... fut compromis dans un désastre dont, je le dis d'ailleurs à sa décharge, il n'avait pas soupçonné le côté frauduleux. Dès lors, il fut mort pour moi.... Quand je dis mort... il fallut bien lui venir en aide pour le tirer de ce mauvais pas; mais je ne lui donnai d'argent qu'à la condition qu'il ne réclamerait jamais sa fille.
—Il ne la réclama point, en effet?
—Si, à la mort de sa seconde femme, qu'il perdit peu après. Mais j'avais élevé Léna, je me trouvais des droits sur elle, et je savais que ce père incapable ne pouvait faire d'elle une femme digne de sa mère et de ses aïeules. Il fallut bien qu'il cédât....
Il y avait sur le visage du vieillard une inflexibilité terrible. Landry formula encore une question:
—A-t-il réussi dans son art?
—Je n'en sais rien, dit sèchement le maire. Je lui écris, une ou deux fois l'an, que sa fille se porte bien, et il n'en demande pas plus.
—Signe-t-il ses tableaux du nom de Coatlanguy?
—Je le lui ai défendu. Notre nom ne doit pas être livré aux hasards du commerce ou aux aventures plus ou moins honorables d'une vie d'artiste, répondit M. de Coatlanguy, qui avait évidemment de ce genre d'existence, aussi bien que des facultés de son frère, une conception particulière qu'il était inutile de chercher à ébranler.