Il lui semblait y retrouver quelque chose de familier. Il interrogea ses souvenirs. Il n'avait jamais vu ce paysage; mais, comme sa mémoire était très précise, il se rappela tout à coup les cartes postales et les photographies que Landry avait rapportées de Bretagne, et en particulier celles du manoir, détaillées à grand renfort d'explications.
—Il paraît, monsieur, que c'est un vieux château breton, dit le marchand qui connaissait Séverin. Hier, deux dames ont reconnu le site. C'est d'un peintre estimé, qui vient de mourir, m'a-t-on dit, Hervé Lebreton.
—Hervé Lebreton, mort? Un de mes amis, qui revient de Venise, l'y a vu la semaine dernière, vieilli, d'ailleurs, et plus paresseux que jamais. Ceci doit être une œuvre de jeunesse, et ne vaut pas dix louis.
Il s'éloignait, le marchand le rappela.
—Hier, une dame m'en aurait volontiers donné deux cents francs, M. de Salles, une cheune et cholie provinciale qui pleurait presque devant cette vieille maison.... Allons, puisque vous êtes connaisseur, je vous laisserai la toile pour deux cent cinquante francs.
La pensée que la jeune et jolie dame que ce petit tableau avait émue pouvait être Léna elle-même, traversa l'esprit de Séverin.
—Comment cette dame était-elle habillée? demanda-t-il.
—A la mode de l'an dernier, ou de la province.... En gris... Elle dit «Oh! c'est... (un nom difficile, monsieur), et soupesa son porte-monnaie.
Séverin mit la main dans sa poche.
—Je ne reviens jamais sur ce que j'ai dit. Voulez-vous dix louis?