Les fées lui dirent qu'elles avaient oublié leur grimoire à la maison, qu'elles reviendraient une autre fois la voir.
«Ah! dit la reine, cela ne m'annonce rien de bon; vous ne voulez pas m'affliger par une mauvaise prédiction. Mais, je vous en prie, que je sache tout; ne me cachez rien.»
Elles s'en excusaient bien fort, et la reine avait encore bien plus envie de savoir ce que c'était. Enfin, la plus jeune des fées lui dit:
«Nous craignons, madame, que Rosette ne cause un grand malheur à ses frères; qu'ils ne meurent dans quelque affaire pour elle. Voilà tout ce que nous pouvons deviner sur cette belle petite fille: nous sommes bien fâchées de n'avoir pas de meilleures nouvelles à vous apprendre.»
Elles s'en allèrent; et la reine resta si triste, si triste, que le roi s'en aperçut à sa mine.
Il lui demanda ce qu'elle avait: elle répondit qu'elle s'était approchée trop près du feu, et qu'elle avait brûlé tout le lin qui était sur sa quenouille. «N'est-ce que cela?» dit le roi. Il monta dans son grenier et lui apporta plus de lin qu'elle n'en pouvait filer en cent ans. La reine continua d'être triste: il lui demanda ce qu'elle avait.
Elle lui dit qu'étant au bord de la rivière, elle avait laissé tomber sa pantoufle de satin vert dans le cours d'eau. «N'est-ce que cela?» dit le roi. Il envoya quérir tous les cordonniers de son royaume, et apporta dix mille pantoufles de satin vert à la reine.
Celle-ci continua d'être triste: il lui demanda ce qu'elle avait. Elle lui dit qu'en mangeant de trop bon appétit, elle avait avalé sa bague de noce, qui était à son doigt. Le roi découvrit qu'elle mentait car il avait caché cette bague, et lui dit: «Ma chère femme, vous mentez! voilà votre bague que j'ai cachée dans ma bourse.»
Dame! elle fut bien attrapée d'être prise à mentir (car c'est la chose la plus laide du monde), et elle vit que le roi boudait. C'est pourquoi elle lui dit ce que les fées avaient prédit de la petite Rosette, et que s'il savait quelque bon remède, il le dît. Le roi s'attrista beaucoup. Il avoua enfin à la reine: «Je ne sais point d'autre moyen de sauver nos deux fils, qu'en faisant mourir Rosette.» Mais la reine s'écria qu'elle n'y survivrait pas. On apprit cependant à la reine qu'il y avait dans un grand bois un vieil ermite, qui couchait dans le tronc d'un arbre, que l'on allait consulter de partout.
«Il faut que j'y aille aussi, dit la reine, les fées m'ont annoncé le mal, mais elles ont oublié le remède.» Elle monta de bon matin sur une belle petite mule blanche, toute ferrée d'or, avec deux de ses demoiselles, qui avaient chacune un joli cheval. Quand elles furent auprès du bois, la reine et ses demoiselles descendirent de cheval et se rendirent à l'arbre où l'ermite demeurait. Il n'aimait guère voir des femmes; mais quand il reconnut la reine il lui dit: «Soyez la bienvenue! Que me voulez-vous?»