Elle lui conta ce que les fées avaient dit de Rosette, et lui demanda conseil. Il lui répondit qu'il fallait cacher la princesse dans une tour, sans qu'elle en sortît jamais. La reine le remercia, lui fit une bonne aumône, et revint tout raconter au roi. Quand le roi sut ces nouvelles, il fit rapidement bâtir une grosse tour. Il y mit sa fille et, pour qu'elle ne s'ennuyât point, le roi, la reine et les deux frères allaient la voir tous les jours. L'aîné s'appelait le grand prince, et le cadet, le petit prince.
Ils aimaient leur sœur passionnément car elle était la plus belle et la plus gracieuse que l'on eût jamais vue, et le moindre de ses regards valait mieux que cent pistoles. Quand elle eut quinze ans, le grand prince dit au roi: «Ma sœur est assez grande pour être mariée: n'irons-nous pas bientôt à la noce?» Le petit prince en dit autant à la reine, mais Leurs Majestés leur firent des réponses évasives. Mais le roi et la reine tombèrent malades. Ils moururent tous deux le même jour. La cour s'habilla de noir, et l'on sonna les cloches partout. Rosette était inconsolable de la mort de sa maman.
Quand le roi et la reine eurent été enterrés, les marquis et les ducs du royaume firent monter le grand prince sur un trône d'or et de diamants, avec une belle couronne sur sa tête, et des habits de velours violet, chamarrés de soleils et de lunes. Et puis toute la cour cria trois fois «Vive le roi!» L'on ne songea plus qu'à se réjouir. Le roi et son frère décidèrent: «À présent que nous sommes les maîtres, il faut retirer notre sœur de la tour où elle s'ennuie depuis longtemps.»
Ils n'eurent qu'à traverser le jardin pour aller à la tour, qu'on avait bâtie la plus haute que l'on avait pu car le roi et la reine défunts voulaient qu'elle y demeurât toujours. Rosette brodait une belle robe sur un métier qui était là devant elle; mais quand elle vit ses frères, elle se leva et prit la main du roi, lui disant: «Bonjour, sire! Vous êtes à présent le roi, et moi votre petite servante. Je vous prie de me retirer de la tour où je m'ennuie fort.» Et, là-dessus, elle se mit à pleurer.
Le roi l'embrassa, et lui dit de ne point pleurer; qu'il venait pour l'ôter de la tour, et la mener dans un beau château. Le prince avait ses poches pleines de dragées, qu'il donna à Rosette. «Allons, lui dit-il, sortons de cette vilaine tour! Le roi te mariera bientôt! Ne t'afflige point!»
Quand Rosette vit le beau jardin tout rempli de fleurs, de fruits, de fontaines, elle demeura si étonnée qu'elle ne pouvait pas dire un mot, car elle n'avait encore jamais rien vu d'aussi beau. Elle regardait de tous côtés; elle marchait, elle s'arrêtait; elle cueillait des fruits sur les arbres, et des fleurs dans le parterre: son petit chien, appelé Frétillon, qui était vert comme un perroquet, qui n'avait qu'une oreille, et qui dansait à ravir, allait devant elle, faisant jap, jap, jap, avec mille sauts et mille cabrioles. Frétillon réjouissait fort la compagnie. Il se mit tout d'un coup à courir dans un petit bois. La princesse le suivit et fut émerveillée de voir, dans ce bois, un grand paon qui faisait la roue et qui lui parut si beau, si beau, qu'elle n'en pouvait détourner ses yeux.
Le roi et le prince arrivèrent auprès d'elle, et lui demandèrent à quoi elle s'amusait. Elle leur montra le paon, et leur demanda ce que c'était que cela. Ils lui dirent que c'était un oiseau dont on mangeait quelquefois.
«Quoi! dit-elle, on ose tuer un si bel oiseau, et le manger? Je vous déclare que je ne me marierai jamais qu'au roi des paons, et quand j'en serai la reine, j'empêcherai bien que l'on en mange.»
L'on ne peut dire l'étonnement du roi.
«Mais, ma sœur, lui dit-il, où voulez-vous que nous trouvions le roi des paons?