—Où il vous plaira, sire! Mais je ne me marierai qu'à lui!»

Après avoir pris cette résolution, les deux frères la conduisirent à leur château, où il fallut apporter le paon, et le mettre dans sa chambre. Les dames qui n'avaient pas encore vu Rosette, accoururent pour la saluer: les unes lui apportèrent des confitures, les autres du sucre; les autres des robes d'or, de beaux rubans, des poupées, des souliers en broderie, des perles, des diamants. Pendant qu'elle causait avec des amis, le roi et le prince songeaient à trouver le roi des paons, s'il y en avait un au monde. Ils s'avisèrent qu'il fallait faire un portrait de la princesse Rosette; et ils le firent faire si beau, qu'il ne lui manquait que la parole et lui dirent:

«Puisque vous ne voulez épouser que le roi des paons, nous allons partir ensemble, et nous irons le chercher par toute la terre. Prenez soin de notre royaume en attendant que nous revenions.»

Rosette les remercia de la peine qu'ils prenaient; elle leur dit qu'elle gouvernerait bien le royaume, et qu'en leur absence tout son plaisir serait de regarder le beau paon et de faire danser Frétillon. Ils ne purent s'empêcher de pleurer en se disant adieu. Voilà les deux princes partis, qui demandaient à tout le monde:

«Ne connaissez-vous point le roi des paons?

—Non, non!»

Ils passaient et allaient encore plus loin. Comme cela, ils allèrent si loin, si loin, que personne n'a jamais été si loin. Ils arrivèrent au royaume des hannetons: il ne s'en est point encore tant vu; ceux-ci faisaient un si grand bourdonnement que le roi avait peur de devenir sourd. Il demanda à celui qui lui parut le plus raisonnable s'il ne savait point en quel endroit il pourrait trouver le roi des paons.

«Sire, lui dit le hanneton, son royaume est à trente mille lieues d'ici. Vous avez pris le plus long chemin pour y aller.

—Et comment savez-vous cela? dit le roi.

—C'est, répondit le hanneton, que nous vous connaissons bien, et que nous allons tous les ans passer deux ou trois mois dans vos jardins.»