Le roi soupira sans rien répondre; qu'aurait-il répondu à cette pénétrante personne?
Ils arrivèrent dans une vaste prairie, émaillée de mille fleurs différentes; une profonde rivière l'entourait, et plusieurs ruisseaux de fontaine coulaient doucement sous des arbres touffus, où l'on trouvait une fraîcheur éternelle; on voyait dans l'éloignement, s'élever un superbe palais, dont les murs étaient de transparents émeraudes. Aussitôt que les cygnes qui conduisaient la fée se furent abaissés sous un portique, dont le pavé était de diamants, et les voûtes de rubis, il parut de tous côtés mille belles personnes, qui vinrent la recevoir avec de grandes acclamations de joie; elles chantaient ces paroles:
Quand l'amour veut d'un cœur remporter la victoire,
On fait pour résister des efforts superflus,
On ne fait qu'augmenter sa gloire,
Les plus puissants vainqueurs sont les premiers vaincus.
La fée du désert était ravie d'entendre chanter ses amours; elle conduisit le roi dans le plus superbe appartement qui se soit jamais vu de mémoire de fée, et elle l'y laissa quelques moments pour qu'il ne se crût pas absolument captif; il se douta bien qu'elle ne s'éloignait guère, et qu'en quelque lieu caché, elle observait ce qu'il faisait; cela l'obligea de s'approcher d'un grand miroir, et s'adressant à lui:
«Fidèle conseiller, lui dit-il, permets que je voie ce que je peux faire pour me rendre agréable à la charmante fée du désert, car l'envie que j'ai de lui plaire m'occupe sans cesse.»
Aussitôt il se peigna, se poudra, se mit une mouche, et voyant sur une table un habit plus magnifique que le sien, il le mit en diligence.
La fée entra si transportée de joie, qu'elle ne pouvait la modérer.
«Je vous tiens compte, lui dit-elle, des soins que vous prenez pour me plaire, vous en avez trouvé le secret, même sans le chercher; jugez donc, seigneur, s'il vous sera difficile, lorsque vous le voudrez.»
Le roi qui avait des raisons pour dire des douceurs à la vieille fée, ne les épargna pas, et il en obtint insensiblement la liberté de s'aller promener le long du rivage de la mer. Elle l'avait rendue par son art si terrible et si orageuse, qu'il n'y avait point de pilotes assez hardis pour naviguer dessus; ainsi elle ne devait rien craindre de la complaisance qu'elle avait pour son prisonnier; il sentit quelque soulagement à ses peines, de pouvoir rêver seul, sans être interrompu par sa méchante geôlière.
Après avoir marché assez longtemps sur le sable, il se baissa et écrivit ces vers avec une canne qu'il tenait dans sa main: